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Indépendance énergétique

Les schistes bitumineux, l’or brun de l’Estonie

Kukersite. C’est son petit nom. Cette pierre vieille de 350 millions d’années appartient à la catégorie des schistes bitumineux, à ne pas confondre avec le gaz de schiste ou les sables bitumineux. C’est la plus grande ressource naturelle du sous-sol de l’Estonie. Elle permet de produire de l’électricité, du gaz et du pétrole. En 2011, le pays a fêté les 90 ans de son exploitation. Pendant cette période, le Kukersite est passé des fourneaux des premières locomotives aux ateliers gigantesques de l’Union Soviétique. Aujourd’hui, le petit caillou est plus important que jamais. Les schistes restent à la base de la stratégie de l’Estonie. Ils garantissent au pays son indépendance énergétique face au grand voisin russe et lui assurent au moins trente ans de confort dans sa transition vers les énergies renouvelables. Face aux perspectives de hausse du prix de l’énergie, plusieurs pays lorgnent vers le savoir-faire balte. L’équivalent de trillions de barils de pétrole seraient enfermés dans la pierre à travers le monde…

1. Kohtla-Järve, veines de schistes



«Non, non...Tout se passe très bien ici, vraiment! C'est agréable de travailler» Mart, ouvrier du bâtiment

En arrivant à Kohtla-Järve depuis l’autoroute de Narva, des collines rondes forment un pli inhabituel sur le relief plat de l’Estonie. En cette saison, elles sont couvertes de neige. Pourtant, sous le vent, des coulées de cendres grises affleurent. Ces monticules ne sont pas naturels, ils sont constitués d’années de résidus et de déchets industriels. Un peu plus loin sur la route, on découvre les usines. De véritables colosses de béton, grouillants d’activités. Leurs cheminées mêlent un long panache de vapeur au brouillard qui balaie la ville. Ces créatures sont la propriété du Viruu Keemia Grupp, VKG, le premier employeur de Kohtla-Järve.

« C’est pas si mal ici, non ? »

La ville est bâtie sur la plus grande ressource du sous-sol estonien: le schiste bitumineux. Une pierre miraculeuse, présente en abondance dans l’Est du pays, source d’énergie, de gaz, de pétrole… Kohtla-Järve, Kivioli (littéralement « huile de pierre »), Johvi et même Narva ont été bâties grâce à l’industrie du schiste. Aujourd’hui encore, la quasi-totalité de la population vit directement ou indirectement des mines et des usines. Eesti Energia à Narva, VKG à Kothla-Järve, KKT à Kivioli… Ces entreprises font vivre des centaines de familles. Trois hommes, salopettes de toile sous gros manteaux, fument devant une barre. Dans un anglais approximatif, Boris explique qu’il est mineur, comme son père, comme ses amis. Il habite toujours dans l’appartement attribué à sa famille sous l’époque soviétique. Mais contrairement à son père, Boris n’a pas de travail. Il défend pourtant sa ville natale avec ferveur : « La vie n’est pas si mauvaise ici, je ne veux pas partir, c’est chez moi ».

Dans les restaurants d’entreprises, les seuls ouverts aux alentours, le silence est palpable. Les ouvriers échangent à peine quelques mots entre eux. Quant aux journalistes, c’est «Company policy» ou «J’ai rien à dire.». Mart, lui, est estophone. Ouvrier spécialisé dans le bâtiment, il ne reste dans l’Est que quelques semaines sur le chantier d’une nouvelle centrale. Il confie bien avoir hâte de rentrer chez lui, mais tient à défendre la ville: « C’est pas si mal ici, non? Je suis sûr qu’on peut faire des choses. » C’est difficile à croire, tant Kothla-Järve dégage une atmosphère de décrépitude.

La richesse en sous-sol, pas en surface

Les zones résidentielles sont aussi laides, aussi massives que les usines. Des successions de barres bâties à la hâte, l’air bancales, dont la peinture autrefois colorée s’est écaillée sans que personne ne s’en soucie. De nombreux blocs sont à l’abandon. Certains sont entièrement murés, d’autres sont laissés au vent et aux taggeurs. Les places publiques sont couvertes d’une épaisse couche de neige qui ne porte pas la moindre trace de pas. Les magasins qui les entourent sont fermés ou vides. Çà et là, un énorme 4X4 allemand est garé devant une jolie petite maison clôturée. Sans doute celle d’un ponte ou d’un ingénieur. Pour une raison ou une autre, la ville a été construite sous les vents dominants. Ils portent vers les habitations un bruit de fond sourd, celui du grondement des convoyeurs, du bruit des sirènes qui rythment le travail. A voir certains bâtiments au béton noirci, on imagine sans peine une époque ou l’air charriait des quantités de soufre, de cendres et de particules fines.

Le contraste avec Tallinn est saisissant. La capitale est remplie de petits troquets, de magasins de luxe et de cafés franchisés. L’Union soviétique y est un lointain souvenir, qui surgit parfois à un coin de rue sous la forme d’un lourd bâtiment grandiloquent au milieu des rues pavées et des immeubles colorés de la vieille ville. A 150 kilomètres de là, Kothla-Järve est un éclat d’URSS placé en coma artificiel. Un malade dont les forces déclinent lentement. En périphérie de la ville, de nouvelles collines de cendres montent vers le ciel, de nouvelles usines sont construites mais rien n’arrête une véritable hémorragie de population. En 1980, Kothla-Järve comptait 90 000 habitants. Trente-cinq ans plus tard, ils sont à peine 35 000.

2.La ruée vers le schiste

« Nous n’avons pas tellement de schiste bitumineux si l’on compare à d’autres endroits. Mais le Kukersite est de très bonne qualité »

Rencontré sur le bord d’un chemin, le Kukersite est un bête caillou brun, légèrement friable. A peine remarquable. Il est issu de la sédimentation de boues marines il y a 350 millions d’années. A l’époque, l’Estonie vivait sous un climat tropical. La mer Baltique était chaude, pas encore la plus polluée du monde et abritait des quantités d’algues et de petits animaux marins. Leurs cadavres déposés dans la boue, puis enfermés dans la pierre, donnent au Kukersite sa valeur. Il ne manque à ce grand frère du pétrole que quelques millions d’années en grande profondeur pour que la pression et la chaleur ne le transforment en brut. Le schiste estonien contient 15 à 55% de matière organique. Chauffé avec de l’oxygène, il brûle et fait un bon carburant pour les centrales d’Eesti Energia, la compagnie nationale d’électricité. Chauffé sans oxygène, il en coule du pétrole et du gaz. C’est la spécialité de VKG.

Le schiste fait carrière

Une grande partie du schiste estonien se trouve à faible profondeur, à seulement 2,5 mètres sous la surface. Cette couche est toujours la plus exploitée, grâce à de gigantesques carrières à ciel ouvert. En raison de la faible épaisseur de la strate de schiste, les carrières sont itinérantes. Elles se déplacent de quelques dizaines de mètres par an selon un procédé immuable. La terre qui recouvre le schiste est enlevée et conservée. Des explosifs sont placés pour réduire la pierre en miettes. Les énormes extracteurs industriels interviennent alors, leurs convoyeurs charrient des tonnes de cailloux pour en extraire le précieux minerai, laissant derrière eux une succession de collines de gravats. De l’autre côté de la carrière, ces monticules sont aplanis, la terre soigneusement remise en place et des arbres plantés dans le sillage des ouvriers. Dans quelques dizaines d’années, il ne restera aucune trace de l’opération.

De l’indépendance à l’occupation

L’exploitation du schiste a commencé en Estonie dès 1921. Bien que moins efficace que le charbon, cette pierre était le seul combustible dont disposait la toute jeune république pour alimenter ses locomotives et ses usines. Les années 30 marquent le premier âge d’or du kukrsite. La pierre est au cœur d’un commerce prospère. Après la Seconde Guerre Mondiale, la brève indépendance de l’Estonie prend fin. L’occupant russe remplace l’occupant nazi. La république est intégrée à l’URSS, qui lance un gigantesque programme de développement industriel. De nombreux russophones s’installent dans l’Est du pays. Ces colons fournissent une main d’œuvre abondante à l’industrie minière. Des villes champignons poussent dans toute la région pour les héberger. Narva, Kothla-Järve et les autres villes de l’Est sont alors les cellules du poumon industriel de la superpuissance soviétique. Aujourd’hui encore, la quasi-totalité des employés des mines et des usines de schiste sont toujours russophones.

La fin de l’industrie lourde

La dissolution de l’URSS n’a pas été clémente avec la région. Privée du marché intérieur soviétique, l’Estonie voit ses exportations chuter brutalement. La production s’effondre. L’Est du pays entre dans une crise durable, encore sensible aujourd’hui. Dans toute la région, le salaire moyen est nettement inférieur au reste du pays. Pourtant, l’Estonie n’a pas abandonné le Kukersite. Ses activités se sont recentrées sur sa production domestique, des fourneaux moins gourmands que les ateliers soviétiques. La perte de la main d’œuvre qualifiée et peu coûteuse de l’URSS est compensée en laboratoire, notamment à l’Université de Tartu. L’efficience basée sur les nouvelles technologies remplace rapidement les plans quinquennaux et la production à outrance.

« L’exploitation du schiste a beaucoup changé depuis les années 90. On nous a demandé d’appliquer les normes de l’Union Européenne pour aider le pays à y entrer. On a fait beaucoup de travail de recherche. On doit tirer le plus possible de la pierre en utilisant moins de ressources. »

Dans le passage de l’industrie du schiste de la production lourde aux technologies de pointe, l’Estonie a retrouvé son énergie, mais l’Est a perdu sa richesse.

3. Le pétrolier balte

« C’est une question de choix. En France vous dépendez du nucléaire. Ici, on dépend complètement du schiste. »

Le coût élevé du schiste a longtemps dissuadé les pays qui en disposaient d’exploiter leurs réserves, d’autant plus que le schiste se trouve souvent à la surface de régions pétrolières, comme l’explique Hardi Aosaar: « Géologiquement, la plupart des pays qui ont du schiste ont aussi du pétrole en dessous. Ils n’ont qu’à pomper ça. ». Seul un petit pays aux options limitées comme l’Estonie pouvait envisager l’utilisation industrielle continue du schiste pendant plusieurs décennies. A l’état naturel, la roche est moins efficace que le charbon pour alimenter une centrale. Dans l’industrie, les processus nécessaires pour la transformer en pétrole et en gaz sont chers. L’exploitation du pétrole de schiste n’est rentable qu’au dessus de 70$ le baril.

Une muraille de pierres contre Gazprom

Une nouvelle motivation, indépendante des prix du marché, est apparue avec la résurgence des ambitions russes en Europe de l’Est. Ancienne république soviétique, l’Estonie se situe dans le jardin géopolitique de Vladimir Poutine. Une région où le marché de l’énergie a été monopolisé par Gazprom. L’Estonie avait donc tout intérêt à assurer son indépendance. La compagnie russe fournit à l’Allemagne environ 45% de son gaz, plus de 80% en Pologne et en Lituanie, 100% en République Tchèque ou en Finlande. En bref, si Gazprom ferme le robinet, les ampoules s’éteignent en Europe de l’Est. L’Estonie se trouve dans une situation différente. En 2007, elle dépendait toujours de la Russie pour ses importations de gaz naturel.

Mais contrairement aux autres pays européens, ses centrales fonctionnent grâce au Kukersite. Elle importe donc beaucoup moins de gaz que ses voisins baltes ou finlandais. Le gouvernement estonien a déjà prouvé qu’il ne se laisserait pas intimider par son homologue russe. Malgré la tension entre les deux pays, suite à l’incident du soldat de bronze, la Russie n’a pas été en mesure d’utiliser l’arme du gaz. Elle a préféré s’attaquer aux système informatiques estoniens plutôt qu’à son industrie…Une nouveauté dans la région. Depuis, le président estonien égratigne régulièrement Vladimir Poutine sur les réseaux sociaux et pousse le défi jusqu’à travailler étroitement avec l’Ukraine…Sur les schistes bitumineux.

La technologie au secours de la politique

Dans sa bataille pour l’indépendance énergétique, l’Estonie marque encore des points. En 2013, Eesti Energia, la compagnie nationale d’énergie, a inauguré de nouvelles centrales capables de produire à la fois du pétrole, du gaz et de l’électricité à partir du Kukersite. D’une pierre trois coups… Mais le rêve du pétrolier balte a un goût d’inachevé. L’URSS faisait bien les choses. Elle a développé l’industrie du Kukersite mais conservé ses raffineries sur le territoire russe. Aujourd’hui, l’Estonie est capable de produire du pétrole brut, mais manque encore des infrastructures nécessaires pour le transformer en essence : le nerf de la guerre. Cette situation inquiète les estoniens comme Valdur Lathvee. Bon connaisseur du secteur de l’énergie, il envisage déjà des solutions:

« L’enjeu pour l’Estonie, c’est la sécurité. Nous importons la totalité de notre essence. Nous pourrions transformer notre pétrole en diesel. Ca a été fait pendant la dernière guerre, donc la technologie existe. Notre futur c’est de devenir plus indépendants sur ce plan là. »

4. Le prix à payer

« Les recherches faites jusqu’à présent sur l’industrie du schiste ne sont pas suffisantes. On ne connaît pas l’impact exact sur l’eau ou sur les gens. La question est dont, pourquoi n’y a-t-il pas eu ces recherches? »

Contrairement aux gaz de schistes extraits en profondeur ou aux sables bitumineux canadiens, l’exploitation du Kukersite n’est pas une abomination environnementale. Les carrières et les mines de schistes ne nécessitent ni fracturation hydraulique, ni longs processus de raffinages chimiques avant d’être exploitables. Les schistes eux-mêmes sont, sous leur forme naturelle, de vulgaires cailloux inoffensifs pour la santé.

Lors du processus de minage, en carrière ou en mine souterraine, le principal danger environnemental pèse sur l’eau. Les nappes souterraines doivent être pompées pour éviter l’inondation des mines et des carrières. Les eaux relâchées ne retrouvent pas toutes le chemin du sous-sol. Celles qui le font drainent en passant les produits chimiques et les impuretés de la surface. La quasi-totalité des eaux souterraines de l’est du pays a été touchée par la pollution de l’industrie du schiste…Mais ce n’est pas tout.  

Les cendres du succès

Le schiste est beaucoup plus agressif pour l’environnement une fois entré dans le système industriel. La combustion du Kukersite dégage des gaz à effet de serre. Les chiffres sont accablants. Pour 5% du PIB estonien, l’industrie de l’énergie émet

  • 90% de la pollution de l’air,
  • 80% des déchets
  • et plus de 20% de la pollution de l’eau du pays.

Une nuance toutefois. L’Estonie ne possède plus d’industrie lourde, et la quantité de pollution émise reste modérée. Le pays est pour l’instant bien en dessous des quotas d’émissions carbones accordés par l’Union Européenne.

« Le problème, quand vous faites brûler des matières minérales, vous avez des cendres. C’est impossible de s’en débarrasser, la cendre, ça ne brûle pas. La question c’est :à quel point est-ce que cela pollue? Une fois consommé, le reste de sa masse est transformé en cendres alcalines, impossibles à brûler ou à faire disparaître. »

Les émissions ne sont pas le dernier problème de l’industrie du schiste, il reste les déchets solides laissés par la pierre. Le schiste bitumineux de bonne qualité ne contient environ que 50% de matières organique. L’Estonie utilise 16 millions de tonnes de schiste par an, soit 8 millions de tonnes de matière inerte à stocker. Une petite partie de ces cendres sont utilisées pour la fabrication d’un béton de qualité correcte. Il a notamment servi à fabriquer la tour de télévision de Tallinn, le plus haut bâtiment d’Estonie. Mais la construction ne peut pas absorber de telles quantités de matériaux. La plus grande partie des déchets est déposée à ciel ouvert. Les énormes collines artificielles des environs de Narva et Kohtla-Järve sont composées de ces restes. Et de nouvelles s’élèvent tous les jours.

De la pierre brune au pétrole vert?

De la même manière qu’elles mêlent production de gaz et en énergie, les nouvelles centrales estoniennes ont beaucoup diminué la pollution issue de la transformation du Kukersite en pétrole. Les émissions de soufre sont filtrées, les cendres attentivement contrôlées et leur chaleur utilisée pour produire plus d’électricité. Lors des rares jours de chaleur, le panache qui sort des centrales est invisible, sans particules.

La centrale de Balti, sous l’ère soviétique et aujourd’hui.




Reste le problème des émissions de CO2. Pour le régler, Eesti Energia évoque déjà des projets de capture, utilisant par exemple les mines souterraines désaffectées. « Nous ne sommes plus si loin du pétrole propre », s’amuse Hardi.

5. Un monde de schistes

« Le schiste, c’est des trillions de barils de pétrole dans le monde. On peut en avoir pour des centaines d’années. »


« Avec de la chance les schistes bitumineux ne se développeront plus en Estonie, plutôt dans d’autres pays. » La phrase est maladroite. Elle a échappé à Hardi Aosaar, qui s’empresse de se corriger. Néanmoins, elle traduit bien la nouvelle attitude estonienne face aux schistes. L’Estonie dispose de réserves conséquentes, qui lui permettent d’envisager les prochaines décennies avec sérénité. Eesti Energia table sur une trentaine d’années de production dans les couches qu’elle exploite déjà. Beaucoup plus, si l’on considère les gisements à plus grande profondeur. Mais le pays mène déjà sa transition énergétique. L’extraction de schistes est désormais soumise à un plafond de 20 millions de tonnes par an. L’optimisation des rendements du schiste a bien fonctionné. Chaque pierre est désormais utilisée à son maximum. Mais il faut se tourner vers de nouvelles sources d’énergie. « Le schiste est toujours l’armature du système, mais la production est plafonnée, et nous devrons assurer la croissance notre consommation avec des sources renouvelables. L’Estonie est en pleine transition », espère Valdur Lathvee.

Mais là ou le schiste était présent en abondance, les énergies vertes sont difficiles à produire. Le pays est beaucoup trop plat pour faire fonctionner des centrales hydroélectriques et pas assez ensoleillé pour des panneaux solaires. Les éoliennes sont une option envisageable. En conduisant à travers le pays, on tombe régulièrement sur un champ ou s’élève un petit groupe de turbines. Pourtant, en janvier, une bonne partie d’entre elles sont à l’arrêt. En effet, l’hiver baltique peu venteux qui diminue l’intérêt des éoliennes, comme l’explique Erik Puura:

« Le problème, c’est que l’hiver estonien, le moment où on a le plus besoin d’énergie, correspond à une baisse des vents dominants. On manque de la technologie nécessaire pour stocker l’énergie durablement, quand on ne l’utilise pas. »

Le vrai atout renouvelable de l’Estonie, c’est la biomasse. Le pays est largement couvert de forêts, intimement liée à l’identité nationale estonienne. De plus, la biomasse peut-être utilisée sans modifications lourdes dans les centrales de schiste bitumineux. Des idées plus audacieuses circulent. Certains experts envisagent la conversion complète du parc automobile estonien à l’électrique. Une option qui limiterait les émissions de gaz à effet de serre tout en éliminant  la dépendance à l’essence importée.

Pas ici, mais ailleurs ?

Bref, l’avenir estonien se dessine en vert écolo plus qu’en brun schiste. Pour se recycler, les industriels du secteur envisagent – non sans opportunisme –  l’exportation de leur savoir-faire à l’étranger. L’Estonie possède un schiste d’excellente qualité, mais le Kukersite n’est qu’une goutte dans l’océan. Les plus grandes réserves mondiales sont concentrées au États-Unis, au Moyen-Orient, dans le Maghreb, au Brésil, en Russie et des géologues supposent sa présence en quantités phénoménales en Chine.

« Certaines recherches estiment qu’il y aurait trois fois plus de pétrole sous forme de schistes bitumineux que de pétrole dans le monde. Mais savoir combien seront exploitables, c’est une autre question. »

Au total, même les rapports les plus modestes parlent de trillions de barils de pétroles enfermés sous forme de pierres. Eesti Energia estime lesréserves mondiales à plus de trois fois celles du pétrole brut. Leur exploitation ne serait pas partout rentable, mais certaines régions sont très prometteuses. Celle de la Green River aux Etats-Unis pourrait rassembler jusqu’à un tiers des réserves totales.

Atouts baltes

En matière de schiste, les Estoniens disposent des meilleurs brevets industriels, du plus grand savoir-faire, de la plus longue expérience. Ils comptent bien faire fructifier leurs atouts. Selon Hardi Aosaar :

« Nous avons eu des contacts venus de Chine, du Maroc, de Russie, d’Australie, du Turquie. Beaucoup de pays veulent diversifier leur production d’énergie et de pétrole et amener la technologie estonienne à l’étranger. »

Pour l’instant, Enefit mène deux gros projets à l’étranger. L’entreprise a investi directement dans l’achat de vastes terrains dans l’état de l’Utah aux Etats-Unis. Elle y exploite une carrière et une usine de transformation. La société est également présente en Jordanie grâce à une concession accordée par le gouvernement, ainsi qu’en Allemagne où elle possède une centrale expérimentale. L’effondrement des prix du pétrole brut de cette année a porté un coup au Kukersite. Tant que le prix du baril reste aux alentours de 50$, l’industrie n’est pas rentable. Heureusement pour les Estoniens, les experts sont unanimes, le prix du pétrole va remonter. Puis monter encore. Et l’Estonie avec lui ?


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